Innovation

Un nouveau format pour les cas d'entreprise: FUN & CREATIF !

19 décembre 2016
Sandrine Stervinou, Professeur de Stratégie à Audencia, présente un retour d’expérience sur l'utilisation d'un cas d'entreprise délivré sous format digital.

Après le dépôt à la Centrale des Cas (CCMP) d’un cas papier intitulé « BlaBlaCar un développement le pied au plancher », Sandrine Stervinou et Catherine Morel, professeurs à Audencia, l’ont transformé en cas digital. Plus qu’une simple transposition du cas au format numérique, cette version digitale vise une production évolutive et collaborative du cas d’entreprise. Elle a été réalisée par les auteurs avec le soutien de l’Institut Audencia Innovation.

Le cas BlaBlaCar met en avant une stratégie disruptive dans le domaine de la mobilité et nous interroge sur les limites du développement de ce type d’acteurs.

Dans le cadre d’une utilisation en cours, Sandrine Stervinou place les étudiants du SMED [Mastère Spécialisé® Stratégies Marketing à l'Ere Digitale d’Audencia] en situation réelle lors de son cours de stratégie délivré sur 5 séances, l’objectif étant d’illustrer et d’utiliser les outils du management  stratégique.
Afin de garantir une meilleure compréhension des concepts, le cas est déroulé tout le long du cours après une séance d’introduction et d’explicitation, soit pendant 4 séances.

Les étudiants développent ainsi des compétences métiers liées à la stratégie d’entreprise mais aussi des compétences transversales comme : savoir communiquer à l’écrit et à l’oral auprès de publics variés, trouver et analyser l’information, travailler en équipe…

 

Qu’est-ce qui distingue le format digital du format classique dans l’approche pédagogique ?

Le format numérique met chaque individu en situation réelle à travers une histoire, des tâches à réaliser en ligne, des défis à accomplir en équipe. Chaque groupe projet est missionné pour travailler sur :

  • la connaissance de l’entreprise : l’histoire, le business model, le développement de Blablacar ;
  • le diagnostic stratégique ;
  • les axes de développement ;
  • et in fine les étudiants sont placés en situation de simulation d’entretien pour une demande d’investissement auprès d’un fonds d’investissement.

    L’étudiant immergé dans une situation d’entreprise doit accomplir une succession de tâches. La ressource est centrée sur l’étudiant et l’enseignant prend la place de coach et d’évaluateur. L’approche pédagogique mise en place diffère alors peu du cas papier. Cependant, il est plus aisé de communiquer progressivement les données et informations relatives au cas au fur et à mesure de l’avancée des travaux des groupes étudiants. De plus, les étapes sont bien distinguées, permettant de mieux appréhender la nécessité d’avoir acquis certaines connaissances avant de passer à l’étape suivante.

 

Quels sont les bénéfices observés dans ce format pédagogique?

Le cas digital assure une meilleure implication et plus grande motivation des étudiants. En effet, les étudiants semblent plus motivés pour rentrer dans ce type de cas que dans un format papier. Sandrine Stervinou observe une plus large participation des étudiants. Le caractère ludique favorise entre autres cet engagement. Par ailleurs, l’enseignante remarque que d’une séance à une autre, les étudiants intègrent et retiennent mieux les informations que sur un format classique papier. Ceci est largement souligné par les études réalisées sur la plus-value de l’ergonomie cognitive dans l’apprentissage multimédia.

En effet La théorie de l'apprentissage multimédia repose sur trois aspects principaux :

  • Le double codage (Païvio, 1986 ; Baddeley, 1992) :  deux canaux de communication verbale et non verbale communiquent l’un avec l'autre et se complètent : l'auditif et le visuel.
  • La capacité limitée (Baddeley, 1992 ; Chandler et Sweller, 1991) : la quantité d'information stockable dans chaque canal (auditif, visuel, mémoire de travail...) est limitée.
  • Le processus actif (Mayer, 2008a ; Wittrock, 1989) : l'apprenant est acteur, c’est-à-dire qu'il va sélectionner l'information importante, l'organiser et l'intégrer avec les connaissances antérieures pour construire un modèle mental complet permettant de manipuler n'importe quelle information.

Ce cas digital BlaBlaCar respecte ces trois points.

Par ailleurs l’étude de l’ergonomie cognitive se réfère aux 12 principes de Mayer développés dans la théorie de l'apprentissage multimédia de Mayer (2009) visant à améliorer nos présentations multimédia pour favoriser l’apprentissage. En voici quelques-uns pris en compte dans la conception du cas digital : Cohérence, Signalisation, Continuité spatiale et temporelle, Segmentation.

Si les bénéfices de ce nouveau format semblent être notables, il est essentiel de vérifier (mesurer) l’efficacité du dispositif pédagogique et de tenir compte de certaines remarques pour apporter des améliorations dans une prochaine version.

 

Quelles difficultés avez-vous pu rencontrer ?

Sandrine Stervinou souligne quelques difficultés : « Il semblerait qu’il y ait une moins bonne prise en compte des consignes. Les étudiants ont tendance à les lire rapidement et à ne pas revenir en arrière dans le cas digital pour vérifier qu’ils ont bien compris ce qui leur est demandé. » Ici, le principe de redondance est important à prendre en compte pour y remédier.

« Le fait d’étaler le cas sur plusieurs séances a fait perdre la vision d’ensemble, chaque tâche est traitée de manière indépendante. Il serait préférable d’utiliser le cas sur une séance de révision. Par ailleurs, même s’il était vivement recommandé aux étudiants de prendre des notes à chaque étape, il semblerait que ce travail n’ait pas été réalisé ou que les étudiants ne reviennent pas sur leurs notes. »

Enfin certains étudiants ont tenu le propos suivant : « il ne s’agit pas d’un cas réel ». Est-ce que le support du digital rendrait le cas « moins réel » pour eux ? Cela demanderait à être vérifié.

 

Pour conclure

Le bilan  de cette expérimentation a été globalement positif tant pour l’enseignante que pour les étudiants. Il montre notamment les bénéfices du format digital pour l’appropriation du cas. L’originalité et le format ludique offrent une plus large motivation. Il est important de souligner aussi que l’animation d’un cas digital reste un élément majeur du dispositif pédagogique.

 

Propos recueillis par Eliane VACHERET, Audencia Innovation


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